Mignonne accourut à ce vacarme; elle pleurait encore; mais l’étonnement arrêta le cours de ses larmes.

—Mon Dieu! demanda-t-elle avec terreur, qu’arrive-t-il et qu’allez-vous donc faire?

—Ce qui arrive! fit l’oncle Antoine que la peur rendait féroce... il arrive, mademoiselle, que nous allons en finir avec les Lancy!

—Mon Dieu! exclama Mignonne épouvantée et pâle, vous êtes fou!...

Pendant tous ces préparatifs de défense, Dragonne, qu’on avait vue gravir le sentier de la Châtaigneraie, venait d’atteindre le pont de sapins jeté sur le fossé du manoir.

Trois hommes étaient avec elle, ainsi que l’avait dit Jean le sarcleur, mais elle n’avait point de fusil, comme l’avait prétendu le paysan, et même elle était revêtue de ses habits de femme et ne portait à la main qu’une simple ombrelle rose à manche d’ivoire.

Les trois hommes qui l’accompagnaient étaient, on le devine, Gaston, Albert et le jeune chevalier de Lancy, arrivé si à propos la veille.

Dragonne s’appuyait au bras de Gaston; elle causait nonchalamment et se préoccupait fort peu de la façon dont ils allaient pénétrer dans le manoir, lorsqu’une voix partant du faîte de la tour se fit entendre:

—Qui êtes-vous et où allez-vous? demandait cette voix qui dissimulait mal une certaine terreur sous son accent de menace.

—Oh! oh!... fit Dragonne en riant, allons-nous être obligés de sonner à la herse et de mettre la lance au poing?