—Pardieu! s’écria Gaston, je crois que mes oncles ont vraiment perdu la tête; voici des canons de fusil passant à toutes les croisées.
—N’avancez pas! répéta la grosse voix.
—L’oncle Antoine! murmura Gaston qui finit par apercevoir le digne chevalier de Vieux-Loup, un fusil à la main, à califourchon sur le rebord d’une croisée du deuxième étage.
Dragonne se prit à rire.
—Eh! mon Dieu! fit-elle, que vous prend-il donc, monsieur le chevalier? Comptez-vous soutenir un siége? Je vous jure cependant que nous n’avons pas, comme vous, l’intention de mettre le feu au manoir, et je n’ai, moi que vous craignez tant, d’autre arme que mon ombrelle.
Et Dragonne, peu soucieuse des canons de mousquet que les deux vieillards, ivres de peur bien plus qu’avides de vengeance, avaient innocemment braqués à toutes les fenêtres, Dragonne traversa la cour au bras de Gaston et vint frapper à la porte de la tour.
—Qui est là? demanda la voix de l’oncle Joseph, voix non moins rude et non moins altérée que celle du gros chevalier.
—Une femme, répondit Dragonne; et vous seriez bien aimable, monsieur le baron de Vieux-Loup, de lui ouvrir sans la moindre crainte, car elle n’a dans la main ni fusil chargé à sel, ni même un simple caillou.
—Allons, mon oncle, disait en même temps Gaston, ouvrez-nous donc, je vous prie: faut-il, par hasard, enfoncer la porte?
La voix de son neveu modifia singulièrement les projets de défense de M. le baron de Vieux-Loup: il donna des ordres, et Dragonne et ses compagnons entendirent à l’intérieur un grand remue-ménage de tables et de chaises.