Le lendemain, Clément partit, en compagnie d’une assez piètre connaissance, un ancien camarade de collége, qui faisait à Paris d’assez mauvaise peinture, et lui avait tourné la tête en lui vantant ses succès de toute nature.
Le père Estival, après le départ de Clément, fondit en larmes comme un enfant.
—Consolez-vous donc, mon oncle, lui dit la meunière; il reviendra... et bientôt...
Hélas! un an s’écoula; le pauvre fermier ne vit poindre à l’horizon que les réclamations d’une foule de créanciers. Il paya sans mot dire, il paya toujours, car Clément était maître de sa fortune; mais il se tournait de temps en temps vers la meunière, et lui disait:
—Tu vois bien qu’il ne revient pas?
—Patience! répondait-elle avec moins d’assurance que jadis.
Ce qui n’empêcha pas le bonhomme Estival de tomber en une tristesse profonde et de vieillir de dix années en quelques mois.
Au bout de ces quelques mois, les dettes de Clément avaient atteint le chiffre énorme de trente mille francs.
Quant à la peinture, elle était en médiocres progrès. Le jury du Louvre avait refusé le tableau que Clément destinait à l’exposition; ses prétendus amis le volaient comme dans un bois; une femme du grand monde, à la main de laquelle il avait osé aspirer, l’avait congédié poliment.
La désillusion arriva. Un beau jour, Clément se prit à songer que Paris et la vie artistique avaient bien leurs épines, et puis il se souvint de l’agaçant minois de la meunière, et puis encore de l’étreinte douloureuse de son vieux père, qui pleurait lors de son départ...