Ce personnage, on le devine, c’était Mignonne. Mignonne, tout comme l’oncle Antoine, avait entendu parler et rire dans la cuisine au-dessus de laquelle se trouvait sa chambre, et, curieuse comme on l’est à seize ans, intriguée au plus haut degré par ce vacarme inusité et même sans précédents dans les fastes de l’existence des hôtes de la Châtaigneraie, elle s’était levée à la hâte, mais non sans s’attifer le plus coquettement possible, car elle devinait la présence d’un étranger, et Mignonne était femme!

V

Mignonne était une charmante créature.

Elle était blonde et frêle, elle avait des petites mains blanches et rosées et des pieds de fée. Sa robe, de futaine rayée, enfermait une taille souple et mince comme celle de cet insecte coquet qui se pose au bord des fontaines et qu’on nomme une demoiselle; quand elle souriait, ses jolies lèvres roses mettaient à découvert de belles dents blanches et bien rangées, en même temps que ses joues, qui avaient le duvet et le tendre coloris d’une pêche d’automne, se creusaient d’une fossette mutine. Bien certainement, si déjà il n’eût aimé Dragonne, Gaston eût éprouvé à sa vue la plus enthousiaste des admirations.

Cependant, il s’avoua que l’oncle Antoine et l’oncle Joseph n’avaient rien exagéré, et que la beauté de Mignonne égalait pour le moins, à un autre point de vue, celle de mademoiselle de Lancy.

—Mignonne, ma chérie, dit l’oncle Antoine de sa voix la plus caressante, tandis que la jeune fille s’arrêtait un peu confuse sur le seuil de la porte, ma chère petite Mignonne, nous te présentons ton cousin de Paris, qui est assez aimable pour venir rendre visite à ses vieux oncles et à sa jeune et jolie cousine.

Mignonne rougit à ce compliment et salua son cousin avec quelque embarras.

Gaston lui baisa galamment la main; puis il se pencha à l’oreille de l’oncle Joseph et lui dit tout bas:

—Vous savez ce que je vous disais tout à l’heure? Je possède un certain don de fascination sur les femmes.

L’oncle Joseph cligna de l’œil en signe d’intelligence.