Et Dragonne prit la petite trompe de chasse qu’elle portait en sautoir, l’emboucha, et en tira les premières notes aiguës et claires d’un bruyant romps-les-chiens qui arrêta court l’intelligente Fanfare.
Dans les pays montagneux, où la chasse à courre ne peut être suivie à cheval, on arrive, par de laborieuses leçons, à dresser les chiens de meute à des arrêts qui permettent au veneur de les rejoindre. Le chien, fait à ce manége, demeure alors immobile, le nez sur la voie, la queue horizontale, l’oreille tendue, et il attend que son piqueur ou le veneur lui-même le rejoigne. Alors il reprend sa course. Au bout de dix minutes, Gaston et Dragonne rejoignirent Fanfare, qui les attendait et ne donnait plus de la voix.
—Allez, ma belle, lui dit mademoiselle de Lancy, pied lent et nez sûr; nous te suivons.
Dragonne, alors seulement, daigna armer son fusil.
—Il faut tout prévoir, dit-elle à Gaston, mais il est probable qu’il me suffira de mon couteau.
Fanfare galopait lentement, revenant quelquefois sur ses pas, puis repartant, mais ne laissant jamais entre elle et les chasseurs qu’un intervalle de quelques pas.
La vallée se rétrécissait toujours à mesure qu’ils avançaient, la futaie devenait plus rare à droite et à gauche, les taillis broussailleurs commençaient; Dragonne éprouvait petit à petit cette indicible émotion, étrangère à la crainte, du reste, et qui s’empare du chasseur lorsqu’il prévoit que la bête n’est pas loin. Fanfare approchait toujours, donnant un coup de voix de temps à autre, et tournant vers sa maîtresse un œil intelligent.
Soudain elle s’arrêta, fit tête queue, poussa un long aboiement et fit mine de vouloir rebrousser chemin.
—Oh! oh! dit mademoiselle de Lancy en regardant Gaston, ceci est bizarre; on croirait que Fanfare renonce sur la voie.
—C’est une refuite, répondit Gaston. Avant de gagner la bauge, la bête aura fait une pointe.