—Et peut-être n’est-elle pas rentrée, fit Dragonne un peu désappointée.
Mais la chienne se retourna de nouveau et reprit la voie.
Dragonne respira. Gaston commença à réfléchir.
Or, en réfléchissant, Gaston se disait:
—Cette jolie Dragonne est une franche étourdie, et si je la laisse s’aventurer, elle ira, tête baissée, se faire découdre. Or, je l’aime, c’est incontestable, et je songe sérieusement à en faire ma femme. Il serait donc absurde et sans précédent que, pour satisfaire son caprice de petite fille jouant à l’amazone, je lui laisse courir un danger réel. Si la laie tient tête, je lui campe une balle, à moins que je ne sois assez heureux pour devancer Dragonne et tuer le monstre d’un coup de couteau sur la nuque, à la manière des toréadors.
Un soubresaut de Fanfare arrêta court le monologue prudent de Gaston. La chienne, à vingt pas d’un hallier, le dernier du fourré, avait fait un saut en arrière, puis elle avait été prise de ce tremblement subit qui s’empare des plus braves chiens lorsqu’ils se sentent seuls en présence d’un ennemi aussi redoutable que le sanglier.
—Hardi! Fanfare, sus! ma belle! cria Dragonne.
L’émotion de la chienne ne tint pas contre les encouragements de sa maîtresse; elle répondit par une grêle de notes enrouées où perçait la fureur, puis elle s’élança et fouilla résolûment le hallier, où bientôt elle disparut.
Des grognements plaintifs et rauques en même temps répondirent bientôt à la magnifique sonnerie de Fanfare; puis un marcassin de quatre ou cinq mois sortit du fourré et vint donner tête baissée dans les jambes de Gaston.
—Malédiction! lui dit Dragonne, la laie n’est point rentrée à la bauge. Notre chasse est manquée. Et elle envoya au marcassin la balle de son canon droit et le tua roide.