Au même instant, le second nourrisson de la laie sortit du hallier et voulut fuir.

Fanfare le suivait et lui mordait les jarrets avec fureur.

On eût dit que la vaillante bête était confuse et désappointée de ne point rencontrer un ennemi digne d’elle.

Dragonne, non moins furieuse que la chienne, campa son dernier coup de fusil au second marcassin; mais soit qu’elle eût ajusté trop précipitamment, soit que l’émotion dépitée qu’elle éprouvait l’eût mal fait épauler, la balle de la jeune fille subit une légère déviation, et au lieu d’atteindre le marcassin à l’épaule et de le foudroyer, elle lui fracassa la cuisse gauche.

Le marcassin roula sur lui-même, ainsi qu’un lièvre qui fait le manchon, et la douleur lui arracha les cris, les grognements les plus discordants, qu’augmentaient encore les morsures cruelles de Fanfare qui lui fouillait les entrailles.

Pendant deux minutes, Dragonne et Gaston en demeurèrent étourdis. Vainement essayaient-ils de rappeler Fanfare; Fanfare était sourde et impitoyable. Le marcassin faisait retentir la futaie et les nombreux échos des rochers de ses hurlements les plus lugubres, et Gaston n’osait lui envoyer une balle à son tour, car Fanfare le couvrait.

—Il faut en finir, dit alors mademoiselle de Lancy.

Et elle courut au marcassin, dégaina son couteau de chasse, et écartant Fanfare à coups de fouet, elle coupa la gorge à l’animal, qui exhala son dernier grognement et son dernier souffle avec un flot de sang.

L’action de Dragonne avait été assez prompte pour que Gaston ne songeât pas à la suivre; mais il était à vingt pas d’elle, et tout à coup il tressaillit à un bruit subit qui s’élevait des halliers voisins, un bruit de feuilles froissées, de branches brisées et coupées net, une sorte de galop sourd qui ressemblait à un murmure de l’ouragan, et Dragonne ne s’était point relevée encore, car pour couper la gorge du marcassin, elle avait été forcée de s’agenouiller, que la laie, que les cris désespérés de sa progéniture avaient attirée, déboucha à trois pas aux regards épouvantés de Gaston, qui vit Dragonne perdue.

Épauler, faire feu coup sur coup, fut pour le jeune homme l’affaire d’une seconde. Au premier coup, le monstre ne tomba point; au deuxième, il roula sur le sol en hurlant; mais il se releva tout à coup, écumant, le crin hérissé, l’haleine brûlante, l’œil hagard, et il donna tête baissée sur Dragonne encore à genoux...