Et Gaston avait lâché ses deux coups.
Le siècle d’agonie qui s’écoula pendant les deux secondes que le jeune homme mit à franchir l’espace qui le séparait de la laie est impossible à décrire.
Dragonne avait poussé un cri, et elle était renversée sous le monstre, qui la fouillait, heureusement avec plus de fureur que de discernement, et labourait le sol de ses boutoirs.
Gaston se précipita sur lui, l’étreignit à bras le corps, l’enleva de terre avec une vigueur herculéenne, et comme il l’avait saisi par les reins, qu’il ne craignait point, par conséquent, un coup de boutoir, il le lâcha. Dragonne, une fois dégagée, il tira son couteau.
La laie, sanglante et épuisée déjà, revint cependant sur lui et broya sous ses redoutables mâchoires le canon du fusil déchargé que Gaston tenait encore et dont il s’était fait un bouclier.
Mais alors Gaston retrouva complétement son sang-froid, et abandonnant son arme à la fureur du monstre, il fit un saut de côté et lui plongea verticalement son couteau dans le cou, à la naissance de l’épaule. La laie tomba foudroyée...
Gaston revint alors à Dragonne.
Dragonne était couverte de sang et horriblement pâle. Elle avait reçu un coup de boutoir peu dangereux, heureusement, dans les chairs du bras gauche; mais la douleur était si vive qu’elle s’évanouit dans les bras de Gaston, au moment même où celui-ci essayait de la remettre sur ses pieds.
Notre héros s’occupa peu de l’évanouissement; mais il ouvrit aussitôt la veste de chasse de Dragonne, lui dégagea le bras, étancha le sang, s’assura que l’os ni aucun nerf n’avaient été touchés, et il banda la plaie avec son mouchoir.
Dragonne ainsi évanouie, la poitrine à demi découverte, pâle et les yeux fermés, était belle à ravir.