Et, tout à coup, Tony, qui se prenait au sérieux, se frappa le front et s'écria:

—En attendant, monsieur de Vilers est abandonné là-bas dans la boue de la place Royale.

Et vite il ouvrit la porte de la pièce en emportant le coffret.

Dans le corridor, il rencontra Joseph, le brave valet de chambre, qui s'essuyait les yeux et faisait des efforts inouïs pour ne pas sangloter.

—Du courage! lui dit-il.

—Ah! mon jeune ami, lui répondit celui-ci, il faut en avoir de reste pour savoir ce que je sais et faire ce que je fais. Il était si bon, mon pauvre maître, si vraiment gentilhomme! Quand, afin d'obéir à sa dernière volonté, j'ai porté vos costumes à ma maîtresse pour ce bal où elle doit se rendre, il me semblait à chaque instant que les larmes allaient me trahir. Ah! vous n'avez pas besoin de me recommander d'avoir du courage. Je vous jure que j'en ai.

—Eh bien, reprit Tony, il vous en faudra un plus grand. Vous comprenez bien que deux honnêtes femmes ne peuvent aller toutes seules au bal de l'Opéra. Mon pauvre Joseph, mettez le costume que votre maître aurait pris et accompagnez-les.

—Mais vous voulez donc que je meure en route?

—Je ne veux rien, dit Tony. Je n'ai le droit de rien vouloir. Je vous prie seulement de veiller sur celle que son mari ne peut plus protéger.

Et ces mots furent prononcés sur un ton si simple et à la fois si convaincu que le vieux valet de chambre répondit: