Tony ne se connaissait plus. Le feu de la bataille l'avait embrasé; il lui semblait entendre mille clairons sonnant la charge.

Comme les volontaires en sabots qui, quarante ans plus tard, devaient enlever à la baïonnette, au chant de la Marseillaise, les batteries de la vieille armée allemande, il sentait quelque chose qui l'emportait malgré lui.

Il eût, à ce moment, sans reculer d'une semelle, engagé la lutte contre tout un régiment.

A peine avait-il franchi le vestibule, qu'il aperçut le troisième des Hommes Rouges qui, cherchant comme lui, sans doute, à arriver aux appartements de la marquise, hésitait entre deux couloirs.

Tony s'élança vers lui. L'homme tira son épée.

Mais le jeune mousquetaire de l'Opéra avait, lui aussi, une épée au côté, une épée qui brûlait de prendre une revanche et qui sortit toute seule du fourreau.

L'arme haute, il fondit sur l'Homme Rouge.

Celui-ci, stupéfait de cette brusque attaque, rompit d'un pas.

L'autre Homme Rouge arrivait; Tony, bondissant en arrière, lui cingla le visage du revers de sa rapière, dont il se servait comme d'une cravache.

Le nouveau venu poussa un juron énergique et dégaina à son tour.