L'autre était un gros Normand taciturne, qui se battait fort bien, buvait sec, jouait sa solde un mois d'avance aux quilles ou au bouchon, et s'était pris d'une belle amitié pour le Gascon La Rose.

Le Normand et le Gascon s'étaient liés, en raison même des oppositions flagrantes qui existaient entre eux; l'un était sobre de paroles, même dans le vin, l'autre buvait pur et parlait beaucoup.

Le Normand s'était fait le Pylade de ce moderne Oreste, et comme il lui reconnaissait une grande supériorité d'esprit, il avait coutume de ne faire et de ne dire que ce que lui conseillait le Gascon.

Tels étaient les deux hommes qui venaient d'assister Tony en qualité de témoins.

—Voilà, sandis! un beau coup, mon garçon, dit La Rose en passant familièrement son bras sous celui de Tony, lorsqu'ils sortirent du cabaret, laissant le sergent Pivoine aux mains de son chirurgien et de ses deux témoins.

—Un beau coup! répéta le Normand avec son accent traînard des bords de la Manche.

Le Normand—on ne lui connaissait pas d'autre nom au régiment—s'était fait l'écho fidèle du Gascon.

Il répétait mot pour mot ce que le Gascon disait.

—Et qui vous fera honneur, mon jeune ami, poursuivit La Rose; on en parlera à la caserne.

—Oh! oui! dit le Normand, on en parlera.