—Ah! vous êtes son parrain.
—C'est toute son histoire que je vais vous raconter, poursuivit le garde-française, une drôle d'histoire, allez!
—Très drôle! grommela le Normand.
Tony avait une pistole dans sa poche; en outre, il avait hâte de faire son noviciat, c'est-à-dire de passer, de nouveau qu'il était, à l'état d'ancien et il pensait que le meilleur moyen pour cela était de se faire des amis le plus promptement possible.
Or, la leçon qu'il venait de donner au sergent Pivoine lui avait déjà valu l'estime de La Rose et du Normand, il pensa que leur amitié lui serait bientôt acquise s'il leur payait à boire et écoutait complaisamment leur histoire.
—Est-ce loin? demanda-t-il.
—Non, à deux pas d'ici. J'ai le temps de vous dire mon histoire.
—J'écoute avec bien du plaisir, murmura Tony, qui était plein de courtoisie.
—Il y a bien quinze ans de cela, mon jeune ami, dit alors le sergent La Rose, vu que Bavette a quatorze ans révolus; j'avais vingt-cinq ans, attendu que j'en ai quarante aujourd'hui:
—Vous ne les portez pas, observa Tony, qui tournait à la flatterie.