—Non, ce fut la cantinière qui s'éprit de lui.
—Trois jours après son arrivée au camp, poursuivit La Rose, le cornette reçut une balle dans l'épaule qui le coucha tout de son long dans la tranchée.
—Comment! il fut tué? exclama Tony que son récent duel intéressait au sort du cornette.
—Non, la blessure n'avait rien de grave; mais on le transporta dans la tente de la cantinière.
—Je devine...
—Maman Nicolo le soigna comme si elle eût été infirmière de son état, et trois semaines après le cornette était sur pied. Mais, à partir de ce moment-là aussi, maman Nicolo, qui riait toujours pour faire voir ses belles dents, devint mélancolique et soucieuse. Elle prétendait qu'elle était malade et congédia ses pratiques dès neuf heures du soir. Cela les intriguait beaucoup, mais aucune n'en savait le vrai mot. Le cornette était discret, et personne au régiment ne se doutait de la chose.
—Il faut pourtant que je sache, me dis-je un jour, pourquoi maman Nicolo est ainsi changée!
Alors, comme je n'avais rien à faire, je me mis à rôder toute la nuit dans les environs de la cantine. A minuit, une ombre se glissa sous la tente de maman Nicolo. C'était un homme enveloppé d'un manteau.
Le manteau lui cachait le visage, et la nuit était noire.
—Bon! me dis-je, je n'ai pu le voir à présent, je le verrai quand il sortira...