Le Gascon La Rose reprit:
—Maman Nicolo était donc une belle femme dont nous étions tous amoureux, et tous sans aucun succès.
—Pas possible! dit Tony.
—Elle était sage et n'écoutait personne. «Je pleure encore mon mari», disait-elle... Et elle nous riait au nez... Cependant, un jour, il arriva au régiment un jeune cornette qui était beau comme les amours.
—Bon! observa Tony, qu'est-ce que cela pouvait faire à un homme comme vous?
—Attendez! ce cornette était un gentilhomme, comme bien vous pensez.
Il avait seize ou dix-huit ans, et il ressemblait à une fille habillée en garçon. Quand il arriva, nous faisions le siège d'une petite ville de Flandre, et nous étions campés en rase campagne. En sa qualité de cantinière, maman Nicolo avait une belle tente, bien vaste; et, comme c'était en hiver, on s'y réunissait tous les soirs, on y buvait à l'entour d'un bon feu allumé au milieu.
—Je gage, dit Tony, que le cornette y vint.
—Justement.
—Et il s'éprit de la cantinière?