—En reconnaissant M. de Vilers: «Hé, hé! mon officier, lui dis-je, il paraît que vous savez payer les soins qu'on a pour vous.» Il rougit jusqu'au blanc des yeux, ni plus ni moins qu'une jeune fille.
—Es-tu discret? me demanda-t-il.
—Dame! si vous y tenez.
—Énormément, me dit-il. Mon oncle le chevalier, qui est capitaine de ma compagnie, ne me pardonnerait jamais s'il savait que j'aime une cantinière.
—Eh bien, mon officier, lui dis-je, foi de La Rose, vous n'avez rien à craindre.
—Et vous avez tenu votre parole? demanda Tony.
—Naturellement. Un beau matin, il y eut grande rumeur au quartier. Maman Nicolo avait perdu sa taille fine.
—Ah! diable...
—Afin d'être plus sûr de mon silence, continua La Rose, M. de Vilers m'avait pris à son service. Je brossais ses habits. Je pansais son cheval. Un matin il me dit: «La cantinière va devenir mère. Il faut que tu sois le père adoptif de l'enfant. Tu veilleras à son éducation et je donnerai secrètement l'argent nécessaire.» Le rôle me convenait, je l'acceptai. Bientôt, dans le régiment, comme j'allais souvent à la cantine, on prétendit que c'était moi, et non le marquis de Vilers, que maman Nicolo avait favorisé. Elle accoucha. Je manoeuvrai si bien que tout le monde me félicita.
Tony se prit à rire.