—Le nouveau-né était une petite fille qui ouvrit un oeil dès la première heure, et les deux à la fin de la journée. Une fois que le camp tout entier fut bien convaincu que j'étais le père, je fis le modeste, je niai. Je prétendis que le meilleur moyen de me justifier était de tenir l'enfant sur les fonts baptismaux. Il n'y eut pas un fifre, ni un tambour qui en crût un mot; on m'appela père et parrain, mais, ajouta La Rose en riant, il fallait bien faire quelque chose pour la réputation de maman Nicolo.

—Et vous fûtes parrain?

—Naturellement. L'aumônier, avant d'ondoyer l'enfant, me demanda comment il fallait l'appeler.

—Bavette, répondis-je.

—Comment, Bavette? dit l'aumônier, ce n'est pas un nom du calendrier.

—Non, mais c'est un bon nom tout de même, répondis-je.

—Pourquoi?

—Je suis de la Gascogne et, dans mon pays, on n'estime que deux choses, le bras et la langue. Le bras tient l'épée, la langue sert utilement et vaut souvent mieux que le bras. Or, voyez-vous, poursuivis-je, une femme, même quand elle est cantinière comme l'accouchée, ne se sert pas d'une épée, mais elle peut faire faire un rude service à sa langue.

L'aumônier me regardait et ne savait pas où je voulais en venir.

—En Gascogne, continuai-je, quand un homme jase bien et avec esprit, on dit de lui: Il sait tailler une bavette. C'est une manière de parler. Donc, si j'appelle la petite Bavette, en vertu du proverbe qui dit que nom oblige, la petite aura une bonne langue dont elle se servira gentiment. Ça lui portera bonheur.