Et même il faut que le secret de la cantinière soit bien grave pour qu'elle soit aussi discrète avec ses deux vieux amis. En vain ils lui promettent de lui livrer en échange du sien celui que leur a révélé Tony. En vain ils tentent d'arracher à Bavette une indiscrétion. En dépit de son nom, celle-ci est muette et maman Nicolo se contente de crier... sans parler.
Plutôt que d'assister à cette vaine querelle, suivons le carrosse qui emporte madame de Vilers et le magnat.
Quelque diligence que pût faire le Hongrois et bien que, de poste en poste, il eût envoyé en avant un courrier, chargé de faire préparer les relais, le carrosse n'allait pas vite.
Avec les horribles chemins que possédait la France à cette époque, il était bien difficile de faire plus de quinze à vingt lieues par jour.
Or, le magnat, qui craignait d'être poursuivi, prenait à chaque relai une direction fausse, pour dépister ses ennemis.
Aussi le voyage se prolongeait-il, voyage odieux, épouvantable pour la marquise.
Elle se retrouvait séparée de celui qu'elle aimait, en tête-à-tête avec cet homme redouté qu'elle n'avait pas vu depuis quatre ans, qu'elle avait autrefois considéré comme un père et qu'elle avait fui parce qu'elle avait deviné que ce n'était plus l'amour d'un père qu'il ressentait pour elle...
Comprenant qu'auprès de ce vieillard fou de passion, son honneur n'était plus en sûreté, elle s'était confiée au loyal gentilhomme vers lequel l'avait entraînée son coeur, au marquis de Vilers. Elle avait fui le magnat, espérant ne jamais plus être en face de lui.
Et elle était là, en son pouvoir, sachant à peine où il allait la conduire, ignorant ce qu'il allait faire d'elle...
On se demandera pourquoi la jeune femme avait ainsi quitté son hôtel, où elle était en sûreté, pour suivre le magnat qu'elle abhorrait.