Aussi quand, reprenant pour un instant son rôle de père, le magnat lui avait dit:

—Venez!

Elle s'était levée, désolée, brisée de douleur, mais espérant, par un commencement de soumission, détourner de la poitrine de celui qu'elle aimait le poignard des assassins.

Et lorsque le comte, lui désignant la voiture, lui avait annoncé qu'ils allaient partir pour un long voyage, elle avait pensé:

—Je serai longtemps sans voir mon mari adoré. Il m'accusera, il me maudira peut-être, mais il vivra!!!

Et elle était montée en voiture...

Ainsi que l'avaient supposé les Hommes Rouges, le magnat n'était point parti sans s'arrêter à l'hôtel où il était descendu.

Il avait eu des bagages, des provisions à prendre, des ordres à donner à son homme de confiance, un trakan, vieux cavalier hongrois, qui le servait depuis vingt ans et qui devait partir à cheval derrière lui, pour l'aider à garder la marquise. En même temps, loyal à sa manière, le magnat envoyait à M. de Lavenay le prix de son carrosse.

Or, quelque surveillée que fût la jeune femme, elle trouva moyen d'échapper une minute à l'attention de ses gardiens, et cette minute lui suffit pour écrire un mot à son mari.

Elle avait glissé ce mot dans la main d'un enfant qui aidait à charger les bagages et dont la figure intelligente lui inspirait confiance.