Tony était déjà loin, et les gardes-françaises, le fusil sur l'épaule gauche, s'en allaient en chantant, au bruit des tambours, ce refrain du sergent recruteur Pivoine:

On fait l'amour

Tout le jour,

Dans les gardes-françaises.

On fait l'amour, sur ma foi,

Dans les gardes du roi!

Sur l'un des fourgons qui suivaient le régiment il y avait, jurant et pestant, étendu tout de son long, un homme qui, lui aussi, essayait de faire sa partie dans le joyeux choeur des soldats.

Cet homme était l'auteur même de la chanson des gardes-françaises. C'était le sergent Pivoine, qui se portait de mieux en mieux, ainsi que le chirurgien l'avait fait prévoir, mais qui avait perdu sa voix, comme celui-ci l'avait également prédit.

Bien qu'étant assez malade pour garder la caserne, Pivoine avait tenu si ardemment à accompagner ses camarades, il avait tant de fois répété qu'il ne se laisserait plus soigner si le régiment allait au feu sans lui, que le chirurgien était parvenu à le faire placer sur un fourgon.

Et, de temps en temps, le malheureux, guettant la reprise du refrain, lançait dans le choeur qui scandait la marche: