Et les régiments qui fermaient la marche de l'armée ne rencontraient plus rien.

Or, de tous les officiers de Louis XV, le marquis de Langevin était précisément celui qui prenait le plus grand soin de ses soldats. Afin d'éviter désormais les inconvénients, les ennuis, les tourments de tout genre qui avaient attendu ses prédécesseurs, il chargea le capitaine Maurevailles d'aller étudier les pays à traverser, se rendre compte des ressources que l'on pouvait espérer et y tout régler pour que ses huit mille hommes pussent y passer sans difficultés et sans trop de souffrances.

Naturellement le caporal-secrétaire Tony fut le premier informé du départ de Maurevailles.

Tout d'abord il n'y prit pas garde. Le capitaine était chargé d'une mission: rien de plus ordinaire.

Mais quelle ne fut pas sa surprise quand il vit, en se mettant à la fenêtre de la maison où s'était établi le marquis de Langevin, Maurevailles appeler les deux autres Hommes Rouges, les entraîner dans un coin de la cour, causer mystérieusement avec eux, et enfin ces derniers lui donner leurs bourses!

—Qu'est-ce que cela veut dire? se demandat-il.

Puis, en réfléchissant, il arriva à cette conclusion:

Maurevailles, rendu à lui-même, avait une chance pour retrouver la marquise de Vilers. Lavenay et Lacy, retenus au régiment, garnissaient sa poche d'argent afin qu'il pût, dans le cas où il parviendrait à s'emparer d'elle, prendre toutes les mesures possibles pour qu'elle ne leur échappât point de nouveau.

—Comment lutter contre des ennemis si prévoyants! se dit-il. Ah bah! S'ils ont pour eux les circonstances et l'argent, moi, c'est Dieu qui m'aidera.

Pendant ce temps-là, grâce à la prudence du colonel-général, le Gascon et le Normand ne manquaient ni de dîner ni de boire. Et, le soir même, à moitié ivres, ils avaient déjà oublié maman Nicolo et lutinaient la cantinière en lui chantant à tue-tête: