—Mais en vous trahissant, dit le nain, je me perdrais moi-même; le magnat me ferait pendre. Tandis qu'avec vous, au contraire, j'aurai de quoi boire du bon vin de France jusqu'à la fin de mes jours.
L'ouverture démasquée par la pierre donnait sur un escalier en colimaçon, ménagé dans l'épaisseur de la muraille. A la hauteur d'un second étage, un couloir s'étendait perpendiculairement à la muraille extérieure.
—Comment as-tu découvert ce passage, maître gnôme? demanda Maurevailles.
—Je m'ennuyais, moi qui aime à causer, d'être toujours en tête-à-tête avec toutes ces langues mortes. Je me suis souvenu qu'aux bords du Rhin, chez nous, les vieux burgs ont des escaliers secrets. J'ai cherché et j'ai eu vite trouvé.
—Où conduit ce passage?
—Au-dessous de la chambre où je couche. Mais ce n'est pas le seul. Ce souterrain est comme la toile d'une araignée: quand on est au milieu, on voit des rayons partout.
—Et y a-t-il un couloir qui aille à la chambre de la comtesse Haydée?
—Comment, vous savez?... Au fait, je suis bête, moi... je me demandais pourquoi vous vouliez entrer dans le château!... Certes, oui, mon gentilhomme, il doit y en avoir un, mais où est-il? Je n'ai pas le temps de le chercher maintenant; voilà le jour qui va venir et on s'apercevrait de mon absence. Mais ce soir, si vous voulez...
—Ce soir, soit!...
Maurevailles mit un nouveau louis dans la main du faux muet et redescendit l'escalier. Il n'eut pas de peine à refermer la pierre, qu'il rouvrit ensuite à plusieurs reprises, afin de s'assurer qu'il possédait bien le secret du muet.