La chose était encore bien plus facile que Tony ne pouvait l'imaginer.

Car le soir même du jour où elle avait vu partir les gardes-françaises, maman Nicolo, s'ennuyant déjà d'eux, qui constituaient d'ailleurs sa seule clientèle, avait fermé son cabaret, était partie pour Chantilly en compagnie de Bavette et avait supplié le marquis de Langevin de la laisser suivre le régiment.

Le marquis, si bon pour tous, n'avait point manqué de l'être pour elle; il lui avait répondu:

—Il y a bien de l'occupation pour une cantinière de plus.

Et voilà dans quelles conditions maman Nicolo était rentrée aux gardes-françaises quelques heures après que Tony était parti vers Blérancourt.

Inutile d'ajouter que, le soir où nous sommes, sous la tente de maman Nicolo se trouvaient le gascon La Rose et le Normand, son fidèle ami, qui, assis devant un bloc de chêne, transformé en table, devisaient des choses de l'ancien temps.

Tout à coup un jeune caporal fendit la foule des buveurs, non sans provoquer maintes récriminations, dont, du reste, il parut médiocrement se soucier. Il arriva jusqu'à l'endroit où trônait maman Nicolo et lui dit rapidement:

—Venez, j'ai à vous parler... Il s'agit du marquis de Vilers.

La cantinière devint écarlate. Ce nom avait produit sur elle un effet prodigieux.

—Et qu'as-tu à me dire, petit? demanda-t-elle en se rapprochant de lui.