—Vous étiez son amie, n'est-ce pas?

—Oui, et une amie dévouée, je puis m'en vanter.

—Vous saviez qu'il était marié?

—Il me l'a dit lui-même, le jour où il est venu apporter au colonel sa démission. Le capitaine savait que maman Nicolo était une brave femme... ajouta-t-elle d'une voix sombre.

—Et vous n'avez pas de haine contre sa femme? interrogea Tony, en regardant fixement la cantinière.

Maman Nicolo devint pourpre, mais elle soutint le regard.

—Petit, dit-elle, tu m'as l'air d'en savoir bien long pour ton âge. Si tu veux me faire causer, tu perds ton temps. Il faut avoir plus de barbe au menton que tu n'en possèdes pour me tirer les vers du nez.

—Je ne vous demande pas vos secrets, maman Nicolo, dit Tony en souriant. Mais je voudrais savoir si, au besoin, vous voudriez rendre un service à la marquise?

—Ah! la pauvre chère âme! s'écria la vivandière, si elle a besoin de moi, qu'elle le dise. Vertuchoux, mon petit, il y a quelque chose de bon là, vois-tu!

Et la brave femme tout émue appliqua un vigoureux coup de poing sur son corsage rebondi.