—Et moi, dit Maurevailles d'une voix sourde, il y a des instants où je serais presque tenté de pardonner à ce pauvre Vilers...
—Vilers était un traître, dit gravement Lavenay. Il a été justement puni. Mais il ne s'agit pas de revenir sur le passé; il faut préparer l'avenir, le temps presse.
—Quel est ton projet? demanda Maurevailles.
—Je ne sais. Toi d'abord, que penses-tu faire?
—Avant tout, nous devons cette fois parvenir à enlever la marquise. Quand nous l'aurons, il sera temps de décider.
—Non pas. Il faut tout régler aujourd'hui, dit Lacy, et si vous voulez m'en croire...
—Que feras-tu?
—Le marquis de Langevin, notre colonel, ne me refusera pas un congé de quelques jours...
—Un congé? Au moment où l'on est en marche pour la guerre! Tu rêves...
—Je ne rêve pas. Ma famille habite à quelques heures de Nancy, sur la route même que nous aurons à suivre. Il faut six à huit jours à nos hommes pour s'y rendre à pied. Mon cheval m'y conduirait en moitié moins de temps. Je puis donc demander de précéder le régiment et d'aller embrasser ma mère en attendant votre arrivée.