—C'est vrai; comme cela, ce serait possible.
—Au lieu d'aller voir ma mère, je conduis la marquise en lieu sûr, et pourvu qu'en arrivant à Nancy le colonel me voie arriver à sa rencontre, ni lui ni d'autres ne se douteront de rien.
—Morbleu! tu as raison, s'écria Lavenay. Mais, au moins, au nom du serment qui nous lie, tu n'abuseras pas de la confiance que nous mettons en toi?
—Tous pour un, un pour tous, dit Lacy. Que j'aie le sort de Vilers si, comme lui, je manque à mon serment.
—Eh! par le diable! dit Lavenay, je consentirais à être tué comme lui, au bout de quatre ans, au prix du bonheur qu'il a goûté pendant ces quatre années. Ta parole de gentilhomme, Lacy?
—Sur mon honneur, je jure de vous la rendre telle que vous me l'aurez confiée. Et maintenant, à tout prix, quoi qu'il en coûte, dussions-nous verser des flots de sang, il faut qu'elle soit à nous cette nuit.
—Nous n'aurons pas besoin de verser le sang, dit Maurevailles, je vous ai dit que j'ai des intelligences dans la place.
Donnez-moi seulement un quart d'heure. Toi, Lavenay, vois si le magnat continue à surveiller la marquise; toi, Lacy, va demander ton congé au colonel de Langevin; moi, je vais décider mon homme, celui qui, dans quelques instants, à la fin de la fête, nous conduira sans difficultés et sans danger, à la chambre de la belle Haydée.
—Mais où nous retrouverons-nous?
—Dans les fossés du château, à l'endroit où le tonnerre a jeté un tronc d'arbre, dans une heure.