Nous gardions un jour, avec une vingtaine d'hommes, une redoute.
Pendant deux heures, barricadés dans le bastion, nous supportâmes un feu meurtrier, et nos vingt hommes tombèrent un à un.
Quoique blessé lui-même, Marc de Lacy résolut avec nous de continuer la lutte. On décida qu'il chargerait les mousquets, tandis que nous ferions feu. Pendant une heure encore, à nous quatre, nous soutînmes ainsi le siège, et une compagnie tout entière d'Impériaux joncha de ses morts les alentours du bastion.
—Messieurs, nous cria Marc tout à coup, nous n'avons plus que vingt-cinq cartouches; je vous engage à les ménager.
—Vive le roi! répondîmes-nous, bien déterminés à ne tomber que morts au pouvoir des Impériaux.
Heureusement pour nous, un de ces épais brouillards qui sont fréquents sur les bords du Danube, s'éleva tout à coup en même temps que la nuit arrivait, et nous déroba à la fois la vue de la ville et celle du camp.
Alors le feu cessa.
—Il était temps, messieurs, nous dit Marc; vous avez brûlé vos vingt-cinq cartouches.
Nous passâmes une partie de la nuit couchés à plat ventre derrière un rempart de cadavres et dans l'impossibilité de sortir du bastion, car l'ennemi avait établi un cordon de Soldats autour de nous.
De temps à autre, une balle sifflait au-dessus de nos têtes; à un certain moment, un obus vint éclater au milieu du bastion.