—Et alors?

—Alors, comme nous allions pénétrer dans l'appartement qu'il nous désignait, une nuée de muets s'élance sur nous, l'épée à la main. Devant cette avalanche, nous voulons nous replier, mais que voyons-nous? Derrière nous, des uniformes bleus, des soldats aux gardes-françaises qui nous barrent le passage. Ne pouvant croire à tant d'audace, nous fondons sur eux et nous les mettons en fuite... C'est dans la chasse que nous leur donnions que trois d'entre eux, emportés par la frayeur, se sont précipités dans un gouffre où ils ont probablement trouvé la punition de leur lâche trahison...

—Et vous ignorez les noms de ces hommes?

—J'ai cru voir sur la manche de l'un d'eux, dit Lavenay avec aplomb, les galons de sergent. Si je ne me trompe encore, continua-t-il en regardant Tony, un autre était caporal.

—Vous écrivez, secrétaire? demanda le marquis.

—Un—autre—était—caporal... répéta Tony sans broncher.

—L'appel de ce matin les aura fait connaître sans doute, fit observer Lavenay.

—C'est certain, dit le colonel qui mordillait sa moustache grise, et du moment que ces hommes sont gradés, leur faute n'en est que plus grave. Peste!... des bas-officiers aux gardes qui veulent tuer leurs supérieurs, c'est sérieux, cela! Vous n'avez aucun soupçon, capitaine?

Lavenay hésita une minute et lança un coup d'oeil vers Tony qui, la plume en arrêt, attendait tranquillement sa réponse sans avoir le moins du monde l'air de s'y intéresser.

—Il faisait trop noir, prononça-t-il enfin, je n'ai reconnu personne.