—Soit, dit Langevin, je vous remercie de vos explications, capitaine. A vous, monsieur de Lacy.

Marc de Lacy était fort pâle; il confirma d'une voix sourde ce qu'avait raconté Lavenay.

La moustache du colonel disparaissait tout entière dans sa lèvre inférieure. Les rides de son front se creusaient de plus en plus profondes. Il lui fallait tout l'empire qu'il avait sur lui-même pour pouvoir se contenir.

Quand vint le tour de Maurevailles, l'orage éclata.

—Ah! par la sambleu, c'est trop en écouter, s'écria le colonel en arrachant des mains de Tony les dépositions des officiers et en les déchirant avec colère. Vous ne signerez pas cela, Messieurs, car tout cela est faux et mensonger. Non, on ne vous a pas attirés dans un piège; non, vous n'avez pas été attaqués par vos soldats; non, vous n'ignorez pas les noms de vos adversaires. Vous êtes des menteurs et des lâches, vous vous êtes faits, sous prétexte d'un honneur de convention, les bourreaux d'une femme... Si nous n'étions à la veille d'une bataille, j'oublierais mon grade pour vous jeter mes gants à la face!...

—Colonel! s'écrièrent les Hommes Rouges menaçants.

Lavenay surtout ne se contenait plus.

—Colonel, dit-il avec hauteur, vous oubliez que, avant d'être officiers, nous sommes gentilshommes, et que, si les subordonnés doivent écouter vos mercuriales sans murmurer, le chevalier de Maurevailles, les comtes de Lacy et Lavenay ont le droit d'exiger plus d'égards.

—Eh! respectez vous-mêmes votre blason, si vous voulez que les autres le respectent, riposta le marquis. Ayez le droit de vous dire gens d'honneur, avant de faire sonner si haut votre qualité de gentilshommes!... Mais brisons-là, Messieurs, ces douloureux débats qui n'ont déjà que trop duré. De ma propre autorité, j'annule vos dépositions mensongères; ne me contraignez pas à en invoquer de plus véridiques... Encore une fois, restons-en là! Nous sommes en guerre. La France a besoin de vos épées. Je vous ordonne d'être d'autant plus braves que vous venez de l'être moins...

—Colonel, s'écria Maurevailles, nous n'avons pas besoin d'une telle exhortation pour faire notre devoir... Nous n'avions pas besoin surtout qu'elle nous fût faite devant cet enfant dont vous subissez en ce moment l'influence...