Nous serions criminels en vous demandant raison de cette injure. On doit compte à la patrie de la vie d'un homme comme vous... Mais il est au monde des gens dont l'existence est moins précieuse que la vôtre... et c'est votre secrétaire, notre accusateur réel, qui paiera tout ce qui vient d'être dit...

Comme le malheureux Pivoine, son premier adversaire au régiment, j'oublierai mes épaulettes pour croiser le fer avec lui, en bon et loyal combat. Sa bravoure et son premier succès m'autorisent à le faire. Je le tuerai!...

—Vous!... s'écria le colonel en s'élançant vers Maurevailles.

Mais Tony l'avait prévenu. Avec une dignité parfaite, il s'approcha des trois Hommes Rouges et répondit.

—Me battre aujourd'hui? Non, Messieurs. J'ai été fou déjà de risquer pour une futilité ma vie contre Pivoine. Ma vie ne m'appartient pas. En attendant que je l'offre à la France, elle est à la marquise, que j'ai promis de protéger. Comme vous, je vais à la guerre. Si je reviens des Flandres, je me mettrai à votre disposition, mais seulement le jour où la marquise jugera ma tâche terminée. Et j'espère que vous n'aurez pas besoin, ce jour-là, d'oublier la distance qui nous sépare. Cette distance, je l'aurai effacée.

—Bien, Tony! dit le marquis. Et maintenant, allez, Messieurs, j'ai lieu de croire que je puis compter sur votre silence en cette affaire.

Et les trois officiers se retirèrent, la rage dans le coeur...

FIN DU TOME PREMIER

[Note du transcripteur: La Table des matières du Tome Premier a été combinée avec celle du Tome deuxième, à la fin du document.]