—Ah! ah! ah!... ricanait le vieillard, croyez-vous donc que l'on m'échappe? Croyez-vous donc que toujours l'on me joue? Non, non!... Ici, rien ne se fait, ne se dit, que je ne le sache. A peine étiez-vous entrés dans cette salle, qu'une de mes sonnettes m'en avertissait... Depuis une heure, j'assiste à votre duo d'amour!... Ah! ah! M. de Maurevailles, vous avez gagné à la loterie mon Haydée?... Vous ne profiterez pas de votre bonne fortune... Ah! ah! ah!

—Vous, ma belle tourterelle, reprit le vieillard en s'adressant à Réjane, vous serez heureuse, puisque vous resterez avec celui que vous aimez. Adieu, ma fille. Adieu, Maurevailles. Moi, je retourne auprès d'Haydée. Ce n'est pas vous maintenant qui me gênerez...

Maurevailles se tordait les mains de désespoir. Avec une rage folle, il s'élança contre le mur de fer qu'il essaya d'ébranler.

—Ah! ah! ricana de nouveau le comte, ah! monsieur le chevalier, n'usez donc pas vos forces; vous en aurez besoin pour l'épreuve qui vous reste à subir... Le blindage est solide; ce sont des ouvriers allemands qui l'ont fait, ils ont consciencieusement accompli leur besogne, vous arracheriez tous vos ongles sur ce fer poli. Inutile aussi de crier, je vous en avertis, votre voix ne parviendrait pas jusqu'aux oreilles de vos amis!... Voyons, ma pauvre petite Réjane, toi que j'aurais voulu épargner,—mais comment?—fais donc comprendre à ton amoureux qu'il ne réussira pas...

Réjane était assise à terre, immobile et ne semblant plus avoir conscience de ce qui se passait autour d'elle.

—Oh! le misérable! rugit Maurevailles.

—Ah! vous vous fâchez!... Pourquoi? N'avez-vous pas agi de ruse avec moi quand vous vous êtes introduit dans mon château pour m'enlever celle que j'aime... Vous avez voulu lutter contre moi, croyant que je ne pourrais soutenir la lutte... Le vieillard débile, comme vous disiez—car j'ai tout entendu, tout!—l'emporte sur l'homme fort... Il me reste encore de longs jours à vivre. Quant à vous, vos minutes sont comptées...

—Infâme, infâme! répéta le chevalier.

—Je vous frappe avec votre arme, la ruse, continua le magnat qui savourait sa vengeance, vous avez voulu pénétrer les mystères de ce château; vous les connaîtrez pour votre malheur, mais le secret en mourra avec vous.

—Oh! mes amis tireront de vous une terrible vengeance, fit Maurevailles menaçant.