On s'était battu tout le jour, malgré une pluie froide et pénétrante qui n'avait cessé de tomber depuis le matin.
C'était dans les Pays-Bas, et le fort des Cinq-Étoiles avait été emporté par l'armée française après une journée des plus meurtrières.
Le maréchal de Saxe avait fait occuper le fort, comme la nuit tombait, par le marquis de Langevin, en se contentant de lui adresser cette laconique recommandation:
—Il faut vous maintenir, quoi qu'il arrive.
—C'est bien, avait répondu le marquis, nature énergique et vaillante, en dépit de ses fréquents accès de goutte.
Le maréchal, en entrant en campagne, avait médité un plan hardi qu'il nous faut expliquer en quelques mots.
Ce plan consistait à couper en deux l'armée impériale qui occupait dans tous les Pays-Bas des positions formidables.
Le fort de Cinq-Étoiles, qui venait de tomber au pouvoir des Français, était, dans la pensée du maréchal, destiné à opérer une diversion puissante en occupant l'attention des Impériaux, tandis que le maréchal se transporterait à marches forcées vers les places les plus fortes.
Le marquis de Langevin prit donc possession de ce fort avec son régiment, une batterie d'artillerie commandée par M. de Richoufft, capitaine au régiment de La Fère, et le premier escadron du régiment de Bourgogne-cavalerie.
Après quoi il assembla ses officiers et tint conseil.