—Messieurs, dit-il, nous avons vingt-cinq mille hommes autour de nous et nous sommes environ cinq mille.
Si les Impériaux tentent de nous reprendre le fort, nous tiendrons cinq ou six jours au plus, attendu qu'il leur sera facile de couper toutes communications entre nous et la France. Or, au bout de cinq ou six jours, comme une garnison française ne se rend pas, il faudra nous faire sauter.
—Nous sauterons, dit M. de Richoufft.
—Un instant, reprit le marquis. Délibérons, s'il vous plaît.
M. de Langevin avait si souvent montré une habileté merveilleuse et une science stratégique des plus remarquables, qu'il n'était pas, dans l'armée française, un seul officier qui n'eût en lui une confiance sans bornes.
Aussi lui prêta-t-on sur-le-champ une vive attention.
—Messieurs, reprit le marquis, il y a à l'ouest, à une lieue d'ici, un fort autrement redoutable que la bicoque où nous sommes, c'est le burg du Margrave, situé en pleine forêt.
—C'est vrai, dirent plusieurs officiers qui avaient déjà fait la guerre contre les Impériaux et connaissaient les plus petits recoins des Pays-Bas.
—Le burg du Margrave, continua M. de Langevin, est une forteresse bâtie sur un rocher. Une garnison de mille hommes y tiendrait en échec, tant qu'elle aurait des vivres, toutes les armées du monde.
Un officier de l'état-major du marquis secoua la tête.