Ce compliment à brûle-pourpoint flatta la jeune fille, qui s'arrêta pour causer avec du Clos. Le jeune officier ne parlait pas très couramment l'allemand, mais en savait suffisamment pour se faire comprendre. Du reste, Lisbeth semblait pleine de bonne volonté, et le patois du cornette provoquait à chaque minute des éclats de rire qui lui donnaient occasion de montrer ses dents, dont elle devait être très fière.
Au bout de cinq minutes, du Clos et elle étaient les meilleurs amis du monde. Mademoiselle Lisbeth avait avoué à son adorateur qu'elle n'était qu'une simple employée des cuisines au burg du Margrave Karl von Lichtberg, où l'on vivait fort gaiement, dans la certitude où l'on était que jamais les Français n'oseraient s'y frotter. Du Clos avait juré à la jolie allemande que la modestie des fonctions dont elle était chargée ne diminuerait en rien l'ardeur de son amour.
Bref, on s'était donné un rendez-vous, bientôt suivi d'un deuxième, puis d'un troisième. Tandis qu'une garnison très faible gardait le burg, Lisbeth et ses compagnes sortaient pour l'approvisionnement, n'ayant rien à craindre des Français, et prenant, pour rentrer au château, les précautions nécessaires afin d'éviter une surprise.
Peu à peu, le jeune cornette, à qui Lisbeth disait beaucoup de mal de son seigneur le Margrave, avait réussi à obtenir d'elle la permission d'aller la voir dans le burg. Là-dessus, il avait formé son plan, et c'était ce plan qu'il allait exposer à ses compagnons d'aventure.
Mais, ainsi que nous l'avons fait entendre, il lui répugnait, d'un côté, par modestie, de dire que c'était à l'amour d'une femme qu'il devait le moyen d'entrer dans le burg; de l'autre côté, un sentiment d'orgueil lui faisait taire qu'il était l'amant d'une servante.
Du Clos rassembla donc ses hommes.
—J'ai trouvé, leur expliqua-t-il, le moyen d'avoir des intelligences dans la place, et je puis y pénétrer quand je voudrai, à la condition, naturellement, de me déguiser.
Mais il ne me suffit pas d'y entrer seul. Il faut que je vous y amène avec moi.
Je parle assez bien l'allemand pour arriver, en étant sobre de paroles, à me faire passer pour un naturel du pays. Je vais donc m'habiller en paysan. Cinq d'entre vous, les plus grands, se costumeront de même.
Ces cinq-là auront chacun un sac sur les épaules. Dans chaque sac, il y aura un homme.