Mame Toinon avait appris le départ de Tony avec un peloton de volontaires, pour une de ces aventures desquelles il ne sortait pas depuis deux mois.

Si cela n'eût dépendu que d'elle, la pauvre femme dont le coeur saignait à l'idée du danger qu'allait courir son fils adoptif, eût certainement retenu Tony.

—Fais ton devoir de soldat, lui eût-elle dit. Quand l'occasion s'en présente, ne boude pas devant l'ennemi. Cela suffit. Pourquoi courir au-devant des aventures et du danger?

Mais mame Toinon savait qu'avec Tony toute tentative eût été vaine. N'avait-il pas ses épaulettes de capitaine à gagner avant la fin de la guerre?

Elle s'était contentée de faire des voeux pour lui... et d'attendre, haletante, anxieuse...

Tout à coup une terrible détonation avait fait tressaillir la pauvre femme... Elle s'était précipitée hors de la maison où elle était logée et avait couru au camp.

Au camp, les soldats se disaient:

—La citadelle a sauté; ils sont tous morts!... Morts! Tous! Et c'était Tony qui les commandait..

Tony!... Tony, tué!

—Ah! s'écria-t-elle avec douleur, j'avais le pressentiment que cette entreprise lui serait fatale.