Les soldats se tenaient sur la défensive, se demandant si, après cette explosion, la garnison n'allait pas tenter une sortie désespérée.

Mais que pouvaient faire à mame Toinon la citadelle, les Impériaux, le siège et la bataille?...

C'était Tony, Tony seul qui la préoccupait...

—Il faut que je le revoie! s'était-elle dit.

Et elle était partie, bravant tout.

Elle arriva à la brèche.

Le spectacle était horrible, épouvantable, déchirant. Parmi les pierres énormes lancées au loin par la force de la poudre de mine, étaient des fragments de cadavres, des débris humains palpitant encore d'un reste de la vie qui venait de les abandonner; bras coupés, jambes détachées, poitrines écrasées, têtes noircies par la fumée et grimaçant la mort...

Au milieu de ce fouillis sinistre, mame Toinon errait, cherchant à retrouver Tony parmi ces morts méconnaissables, s'épuisant en efforts pour soulever les pierres, les poutres et les fascines, et, après chaque vaine tentative, s'arrêtant, détrompée, mais non découragée...

Pauvre femme! Quelle force d'âme il lui fallait puiser dans son amour!

Il n'était pourtant pas difficile à distinguer des autres, le pauvre Tony. C'était le plus jeune et c'était le seul officier.