—Sois plus bref, dit Maurevailles.
—A l'avantage d'avoir d'excellent vin, les Armes de Bretagne ajoutent celui d'être situées sur le quai de Béthune, à deux pas de l'hôtel de Vilers...
—Peut-être était-ce trop près, fit observer Maurevailles. Ta présence aurait pu soulever des soupçons.
Luc se mit à rire.
—J'espérais que monsieur le chevalier me connaissait mieux, fit-il. Avant de me présenter à l'auberge des Armes de Bretagne, j'avais fait peau neuve. Vêtu d'un sarrau de toile, débarrassé de ma perruque et coiffé à la malcontent, j'avais tout l'air d'un provincial fraîchement débarqué à Paris et venant y chercher une place. C'est à ce titre que je me présentai, en priant maître Le Roux, l'aubergiste, de me mettre en rapport avec quelques-uns de messieurs les laquais du voisinage.
—Excellente idée!
—Je m'en vante. Elle réussit d'autant mieux que plusieurs des serviteurs de l'hôtel de Vilers venaient le soir, avant de se coucher, vider un pot de vin chez maître Le Roux, en cancanant sur leurs maîtres avec les autres laquais du voisinage.
—Et tu lias connaissance avec ces laquais? demanda Maurevailles.
—C'est-à-dire, répondit Luc, que je fus bientôt leur compagnon indispensable. C'était moi qui régalais la plupart du temps, sous prétexte de me faire indiquer la place que je désirais.
«—Quel dommage, me dit un soir Comtois, le piqueur de l'hôtel de Vilers, que M. le marquis ne soit plus ici! Bien découplé comme vous êtes, vous lui eussiez certainement convenu...