»—Où donc est-il? demandai-je.
»—Ah! c'est une curieuse histoire. Il a longtemps passé pour mort, et Madame la marquise a disparu. Puis, un beau jour, elle est revenue et le vieux Joseph, le valet de chambre, qui est l'homme de confiance de la maison, nous a dit que son maître n'était pas si mort qu'on le croyait.
»—Alors, il va revenir aussi? demandai-je d'un air naïf.
»—Oh! pas tout de suite. Après la guerre seulement, s'il n'est pas tué. En ce moment il se bat comme un lion à l'armée de Maurice de Saxe...»
—Morbleu! comment savent-ils cela? s'écria Maurevailles stupéfait. Vilers, malgré sa promesse, aurait donc revu la marquise?...
—Attendez pour vous étonner, monsieur le chevalier, dit Luc. Je vous garde le singulier pour la fin.
—Parle vite!...
—La marquise, qui ne semble pas, en effet, croire à la mort de son mari, puisqu'elle ne porte pas le deuil, vit cependant fort retirée dans son hôtel. C'est même pour cela que les domestiques peuvent aller, le soir, boire et bavarder à leur gré. Elle n'admet auprès d'elle que le vieux Joseph, avec qui elle a de longues causeries...
—Et tu n'as pu savoir sur quoi portent ces entretiens?...
—Impossible, monsieur le chevalier. Joseph, vous le savez, est tout dévoué au marquis. Aussi reste-t-il absolument impénétrable. Et puis, je n'ai pas osé me frotter trop à lui...