Le courrier avait raconté l'exacte vérité: la marquise de Vilers allait devenir mère.

Ce bonheur qui lui avait été refusé pendant les quatre premières années de son mariage, ces quatre années passées dans l'amour heureux et paisible, elle allait le devoir aux quelques heures d'amour furtif dérobées aux péripéties de la lutte.

Mais de quelles craintes terribles cette joie n'était-elle pas mélangée! Cet enfant qui allait venir au monde connaîtrait-il son père? La fatalité ne l'avait-elle pas déjà fait orphelin?

La marquise ignorait encore les suites de l'explosion d'Anvers. Elle croyait que son mari, suivant l'armée en volontaire, continuait la guerre jusqu'à la fin.

Elle ne s'effrayait pas de ne pas recevoir de ses nouvelles. Elle savait qu'il se cachait des Hommes Rouges et surtout qu'il ne voulait point, par une lettre envoyée à Paris, leur faire savoir qu'il l'avait revue.

—S'il lui arrivait malheur, pensait-elle, le marquis de Langevin m'en avertirait certainement...

Et elle priait Dieu de presser la fin de la campagne et le retour de son époux.

La prière lui donnait du courage et de l'espoir.

La marquise, du reste, avait à s'occuper de sa soeur, la pauvre Réjane, toujours folle.

Réjane s'amusait beaucoup des préparatifs qu'Haydée faisait pour son enfant. Selon elle, ces étoffes blanches qu'on façonnait, ces tulles qu'on plissait, ces dentelles qu'on ajustait, c'était pour son trousseau de noces...