—On le dit terrible à l'épée, objecta Réjane.
—Oh! de notre temps, cela ne comptait pas... Tenez, il y a de cela une cinquantaine d'années... plus même, soixante ans au moins... nous étions dix gentilshommes qui avions fait un pari contre les meilleurs maîtres d'armes du régiment..... Il y avait là Chaverny, de Pons, Bressac et un Maurevailles qui devait être, à propos, le grand-père ou le grand-oncle de celui d'aujourd'hui. La rencontre eut lieu en plein jour, sur la place Royale... Eh bien, nous blessâmes les dix prévôts. De notre côté, il n'y eut que Bressac qui eut la cuisse traversée par l'épée d'un sergent de Saintonge... Ce fut une belle partie... On en parla pendant un mois à la cour...
Tout en bavardant, le vieux baron avait pris son épée, ses pistolets et son manteau de voyage. La berline était attelée et le postillon faisait claquer son fouet dans la cour. Lapierre plaçait sur le haut de la voiture la valise de son maître et la sacoche qui contenait ses effets personnels.
—Adieu, mesdames, dit le baron en baisant la main de la marquise et celle de Réjane. Retournez à Paris. Dans quelques jours, vous aurez des nouvelles...
Mais comme la marquise s'apprêtait à prendre congé de lui, Réjane, toute confuse, toute rouge, restait immobile et clouée sur son siège.
—Voyons, mon enfant, reprit le baron, on dirait que votre petit coeur n'est pas encore complètement déchargé... Parlez donc!
Elle balbutia quelques mots, inintelligibles pour le baron, puis se tut soudain.
—Ah! je comprends, fit la marquise. C'est que, parmi nos ennemis, il y en a un... qu'elle aime...
—Parbleu! s'écria le baron. Toujours l'histoire de Roméo et Juliette! Et comment s'appelle-t-il, votre Roméo?
—Le chevalier de Maurevailles... murmura Réjane.