Et il fit signe à l'hôtesse, qui, flairant une bonne aubaine, s'empressa de dresser le couvert.

Avec une joie d'enfant, Tony examinait la nappe éblouissante de blancheur, les assiettes de grosse faïence à dessins naïfs, les brocs d'étain brillants comme de l'argent, qu'on posait devant lui.

—Quel charmant déjeuner nous allons faire ici! s'écria-t-il enchanté.

Et la joie de voir son Tony heureux doublait celle que mame Toinon prenait aussi en cette belle matinée sous cette gaie tonnelle, où tout repas devait sembler si bon!

Rouge de plaisir et d'émotion, elle n'avait plus trente-cinq ans, elle en avait dix-huit.

Le déjeuner commença.

Tony babillait comme une pie, mais cela ne l'empêchait pas de dévorer. Avec l'appétit des convalescents, il lui semblait ne pouvoir jamais se rassasier ni de manger ni de boire.

D'abord mame Toinon s'en épouvanta.

—Ne mange pas trop, Tony, disait-elle. Surtout ne bois pas tant. Tu sais que le docteur t'a dit de te ménager...

Mais bast!... Le jeune homme avait de si belles raisons à donner que la bonne femme se laissait convaincre. Ne fallait-il pas qu'il prît des forces? Et puis, il y avait là un petit vin blanc, pétillant et doux, qui réjouissait le coeur.