—J'ai été si longtemps condamné aux potions et aux tisanes!... disait Tony en tendant son verre.
Vraiment c'était plaisir au contraire que de voir le convalescent si bien en train. Peu à peu, entraînée par l'exemple, mame Toinon se mit aussi à faire fête au rustique festin.
Tout en déjeunant, on formait les projets les plus beaux, les plus fous, les plus irréalisables.
—Je vendrai ma boutique, disait Toinon. Je ne veux plus retourner rue des Jeux-Neufs... Nous irons trouver le marquis de Langevin pour qu'il te fasse connaître ton père; nous chercherons ta nouvelle famille, et, puisque je ne te suffis plus...
—Oh! pouvez-vous dire cela! se récria Tony en lui prenant la main.
—Soit. Mais enfin, il faut que tu retrouves tes parents, ne fût-ce que dans l'intérêt de ton avenir. Une fois tes parents connus...
—J'épouserai Bavette!... s'écria inconsidérément Tony.
Ce mot tomba comme une bombe sur les châteaux en Espagne que bâtissait la pauvre mame Toinon. Le réveil fut terrible. Elle pâlit, chancela et, malgré ses efforts pour rester maîtresse d'elle-même, s'évanouit...
Tony, tout inquiet, se précipita vers elle et la prit dans ses bras. Il lui frappa dans les mains, lui baigna les tempes d'eau fraîche. Les rôles étaient changés; c'était elle maintenant qui était malade et lui qui lui prodiguait des soins.
Enfin, il réussit à lui faire reprendre connaissance, mais pour la voir aussitôt éclater en sanglots.