—Toinon, qu'avez-vous donc, qu'avez-vous? demanda-t-il tout ému et ne comprenant rien à cette douleur inattendue.

Ce que Toinon avait, hélas, elle ne pouvait le dire à Tony. Comment aurait-elle osé avouer les espérances déçues, les désillusions de son coeur brisé? Cependant, notre héros, de plus en plus inquiet, devenait pressant et insistait. A la fin elle n'y tint plus! En versant des flots de larmes, elle lui fit connaître tout ce qui s'était passé en elle depuis le jour où elle avait compris la nature véritable de son affection pour lui. Elle ne lui cacha rien, ni ses luttes, ni ses espoirs...

Elle lui disait cela tout bas, de peur d'être entendue... Son visage frôlait le visage du jeune homme; ses beaux yeux baignés de pleurs brillaient comme des escarboucles... Tony, soudain initié à la passion, Tony, enfiévré, enivré, perdit la tête. Se penchant sur la jeune femme, il l'entoura de ses bras:

—Ah! tiens! s'écria-t-il, la tutoyant pour la première fois de la vie, j'ai été aveugle, ingrat... je ne t'ai pas comprise... je n'ai rien vu... Ta bonté m'a caché ta beauté! Pardonne-moi, pardonne-moi!....

—Quoi! tu pourrais m'aimer?... murmura Toinon palpitante.

—Moi?... Ah, tu verras! mais il ne faut pas m'en vouloir!... Je n'étais qu'un enfant. Tu m'as fait homme! Ta m'as ouvert les yeux et le coeur. Ah! maintenant je puis te le dire, je t'aime!... je t'aime!...

Et, sous le soleil de juillet qui, par les interstices du feuillage, lançait ses flèches d'or dans la tonnelle ombreuse, pendant que Tony se sentait naître, Toinon se sentait mourir. Son sang bouillonnait, son coeur éclatait, ses yeux se voilaient.

—Ah! j'étouffe!... dit-elle.

Elle saisit à poignée un bouquet de cerises et se le mit tout entier entre les lèvres aussi rouges que ce fruit de pourpre...

Mais Tony en mangea la moitié.....