Une heure après, les deux amants reprenaient le chemin d'Anvers, et sans courir cette fois.
Toinon, s'abandonnant à son bonheur, auquel elle n'osait croire, s'appuyait, rêveuse, sur l'épaule de son cavalier. Tony, tout surpris d'être né à des sensations nouvelles, s'arrêtait par instants comme pour signer par un long baiser les mots d'amour venus malgré lui sur ses lèvres.
En cheminant ainsi, on ne s'occupe guère de la route qu'on suit. Dans un bosquet, nos amoureux s'égarèrent, si bien qu'en sortant, comme il commençait à se faire tard, ils durent demander leur chemin à une vieille bûcheronne qui, son fagot sur l'épaule, revenait en chantant de sa chasse au bois mort.
Elle les regarda en clignant de l'oeil.
—Votre chemin? dit-elle. Ah! laissez donc, les tourtereaux. Vous voulez vous gausser de moi. Votre chemin, vous ne demandez qu'à le perdre...
Toinon, qui trouvait peut-être cette réflexion très judicieuse, ne put se défendre de sourire pendant que le naïf Tony baissait honteusement la tête.
Soudain, une voix sortit d'un buisson:
—Voulez-vous que je vous l'indique, moi, votre chemin?
Le jeune homme tressaillit. Il lui semblait reconnaître le grêle organe qui avait proféré ces mots. Il courut au buisson et l'écarta.
Il se trouva en face de la tête crépue de maître Goliath, le nain de Blérancourt.