Arrivé à Anvers depuis quelques jours, le nain avait fouillé la ville dans tous les sens. Par fantaisie et pour varier un peu ses démarches, il avait fait ce jour-là une tournée dans les faubourgs et les villages.

Or, le soleil l'étouffait; il était entré par hasard dans le cabaret où Tony et mame Toinon avaient déjeuné. Naturellement l'hôtesse jasa. En apprenant que les convives qui venaient de partir étaient un garde-française qui semblait sortir de maladie et une femme d'une trentaine d'années, il fit d'abord une cabriole de joie, puis se mit à leur recherche.

Il n'eut pas beaucoup de peine à les rejoindre.

—Eh oui, parbleu! c'est moi, dit-il joyeusement à Tony, qui le considérait d'un air effaré... c'est moi qui vous cherchais et qui vous ai trouvé... je trouve tout, moi!...

—Qu'est-ce que c'est que cet homme? demanda à Tony mame Toinon un peu effrayée.

—Un des gens qui nous servaient au château du magnat.

—Ah! si vous saviez tout! fit le nain. Mais vous me devez la vie! Je vous raconterai cela. Donc, ma jolie dame, il n'y a pas à s'épouvanter; je suis un ami, et si je vous cherchais, c'était pour vous rendre service...

Et le nain sortit tout à fait de son buisson en se dandinant d'un air aimable.

—Mais, au fait, pourquoi nous espionnais-tu ainsi? demanda Tony en fronçant le sourcil.

—Oh! ne vous fâchez pas, mon officier, car je sais que vous êtes officier, maintenant... J'ai appris cela au camp ces jours-ci, en trinquant avec mes camarades La Rose et Normand.