En l'apercevant, la vivandière, folle de joie, leva les bras au ciel, en faisant une pantomime, désordonnée, tandis que, Bavette rougissante, se jetait au cou du jeune officier....
Et mame Toinon que Pivoine était allé chercher et qui les rejoignait justement à cet instant!...
Pauvre mame Toinon, elle observait Tony; Tony, en qui le souvenir de son premier amour, si frais, si naïf, venait de renaître, et qui, tout honteux maintenant en revoyant Bavette, tremblait et baissait les yeux pour cacher les larmes qui les mouillaient.
Pauvre mame Toinon! Tony n'était plus le convive si gai, si rieur, de la tonnelle près d'Anvers. Tony n'osait point parler; Tony buvait à peine; Tony, le coeur gros, songeait!...
Mame Toinon voyait cela et elle comprenait tout ce qui se passait dans l'esprit et dans le coeur du jeune homme, et la tristesse de Tony la gagnait.
En vain, elle essaya de rire; en vain, par une feinte gaieté, elle tenta une lutte impossible; ses trente-cinq ans ne pouvaient soutenir le parallèle avec les dix-sept ans de la vierge à qui Tony devait le charme du premier battement de son coeur.
Le jeune officier avait hâte de quitter les soldats. Il lui tardait d'être seul pour s'abandonner à ses pensées. Aussi, abrégea-t-il la causerie en se prétendant fatigué.
Il reprit avec Toinon le chemin de l'hôtellerie où ils étaient descendus. Tony marchait en silence. A deux ou trois reprises, sa compagne essaya de nouer l'entretien. Il lui répondit à peine. Et comme, donnant pour prétexte la fatigue qu'il avait objectée à la cantine, elle voulait lui prendre le bras, il refusa d'un geste brusque, en disant:
—Merci. Il faut que je m'habitue à marcher sans aide, si je veux reprendre mon service au régiment.
—Ah! soupira la pauvre femme, en rentrant à l'hôtellerie, j'étais folle de croire à la durée d'un caprice.... Mes beaux jours sont finis... bien finis.... Adieu, mes rêves!...