—Hélas! insulte-moi, tue-moi! Broie sous tes pieds ce coeur qui n'a plus que quelques minutes à battre... Mais auparavant entends-moi jusqu'au bout, il le faut pour que je puisse implorer ton pardon.
J'ai été élevé en soldat, selon les principes du soldat. Je voulais que mon honneur fût sans tache, si petite qu'elle fût...
Je me mariai avec la plus noble des femmes. Elle mourut en donnant le jour à une fille. Sur cette enfant, je reportai tout mon amour... tout mon orgueil.
L'enfant grandit, grandit et devint belle comme sa mère... Je l'admirais et j'en étais fier... Et je la voulais pure... pure comme ma conscience de soldat... Pour arriver jusqu'à ma fille, il eût fallu me tuer, moi!
Hélas! je le croyais... quand un soir... un soir... une conversation de gens de cour, qui ne se savaient pas écoutés, m'apprit un terrible secret... Ma fille en qui j'avais la plus entière confiance... Ma fille que j'aurais rougi de soupçonner... Ma fille... s'était donnée volontairement... Elle allait devenir mère!...
Je tombai comme un fou au milieu des causeurs atterrés par ma présence; je saisis à la gorge celui qui parlait et je l'envoyai se briser le crâne à l'angle d'une muraille... Puis, éperdu, je courus à mon hôtel et je montai à la chambre de ma fille...
Terrible souvenir! s'écria le marquis en se soulevant sur sa couche malgré son atroce blessure. Ah! que de remords cet instant d'aveuglement m'a causés depuis... Ma fille, souffrante, disait-elle, avait fait défendre sa porte...
Inquiet de cette résistance qui confirmait les dires des calomniateurs, je bousculai les chambrières effarées, et, d'un coup d'épaule, j'ouvris cette porte...
Le moribond s'arrêta et prit dans un flacon placé à côté de lui un cordial dont il avala quelques gouttes.
—Elle était pâle, sur son lit, continua-t-il... Çà et là des vêtements épars, des linges, des langes d'enfant... Tout confirmait la fatale nouvelle... Ma fille, ma fille, que je croyais pure... venait de mettre au monde un enfant...