Je cherchai des yeux l'odieuse preuve de notre honte pour l'écraser sous mon talon... Mais par bonheur, mon pauvre Tony, on venait de t'emporter...

—Moi, moi? C'était moi! s'écria le jeune homme haletant.

—C'était toi, cher enfant. Ah! pardon!... Mais laisse-moi achever. Tu n'étais plus là..! Sur qui donc alors me venger? Je saisis ta mère dans un accès de rage, l'insultant, la menaçant, lui reprochant de m'avoir ravi l'honneur... Épuisée par les souffrances, épouvantée de ma colère, elle... oui, hélas! elle expira entre mes mains!...

Le marquis s'affaiblissait de plus en plus. Il dut avoir de nouveau recours à son cordial, afin de pouvoir reprendre son récit.

—Ma fille morte, continua-t-il, je restai un instant anéanti. Puis la voix de l'orgueil reprit le dessus. Elle me cria que mon oeuvre n'était pas achevée, que mon honneur voulait que l'enfant pérît comme celle qui l'avait mis au monde...

Un médecin, chèrement acheté, donna à la mort de ma fille une explication, et tout le monde me plaignit... Mais, moi, je me disais que ma tâche n'était pas accomplie. Il me fallait savoir où l'on avait caché le rejeton du crime...

Je te cherchai longtemps. Sept années se passèrent, pendant lesquelles je n'osai marcher la tête haute, sentant qu'il y avait encore une tache sur mon blason.

Enfin je découvris ta retraite... Tu te souviens des hommes masqués qui te poursuivirent, qui voulurent te tuer... C'était moi qui les commandais...

La voix du marquis était devenue de plus en plus sifflante et entrecoupée. Il se tut tout à coup et murmura:

—Oh! je me meurs... Tony, mon fils, je t'ai avoué mon crime... Je n'ai pu... te dire mes remords... Pardonne-moi...