Elle avait espéré que Tony reviendrait comme autrefois loger rue des Jeux-Neufs. Elle s'était empressée de nettoyer, de parer elle-même la meilleure chambre de la maison.

Vaine prévenance. Tony avait refusé.

—Vous comprenez, avait-il dit, que je ne puis aller habiter aussi loin de la caserne où je suis appelé par mon service à chaque instant. J'irai rue des Jeux-Neufs souvent, bien souvent, autant que me le permettront mes heures de liberté, mais je prendrai un logement tout près du quartier.

La pauvre maman Toinon n'avait pas osé répliquer. Tony venait en effet presque tous les jours rue des Jeux-Neufs, où ses bottes, son épée et ses épaulettes d'or mettaient en rumeur tout le quartier, qui n'en pouvait croire ses yeux, mais ses visites étaient de plus en plus froides et courtes.

Quand il partait, les voisins malicieux et envieux remarquaient que mame Toinon avait les yeux gros comme quelqu'un qui a envie de pleurer. Puis, le nuage qui couvrait son front s'éclaircissait et elle semblait joyeuse pour quelques heures. Où eût dit qu'elle avait un secret qui lui causait à la fois plaisir et douleur.

Les habitants de la rue des Jeux-Neufs auraient bien voulu le connaître, ce secret! Mais Toinon, chose incroyable, ne voisinait plus!

Un personnage, qui avait également le don de préoccuper beaucoup les bons bourgeois du quartier Montmartre, c'était maître Goliath, le nain.

Tony l'avait amené avec lui et en avait fait son factotum. Vêtu d'un costume demi-civil, demi-militaire, le bout d'homme venait fièrement, soit de la part de Tony, soit pour l'accompagner. Il vivait en partie à la caserne où il engageait des luttes bachiques avec ses amis La Rose, Pivoine et Normand, à la cantine de maman Nicolo.

Mais cela ne l'empêchait pas de fouiller tous les coins de la capitale pour y trouver le marquis de Vilers...

C'était, hélas, peine perdue!