Le comte et le chevalier rejoignirent le carrosse.

En apercevant la marquise, toujours adorablement belle, dans sa pâleur de malade, Maurevailles sentit son coeur bondir. Son amour renaissait plus ardent que jamais.

Quant à Lacy, il avait vu la tête mutine et triste de Réjane qui, par la portière, regardait la route, et il se disait en lui-même:

—Comment Maurevailles ne répond-il pas à l'amour de cette adorable enfant qui, elle, est folle de lui!... Ah! que je serais heureux, si, au lieu de se donner au chevalier, son coeur eût voulu me choisir!

Les deux cavaliers retinrent leurs montures; il s'agissait de ne pas être vu. L'endroit n'était pas propice à un enlèvement. D'abord il y avait trop de monde; ensuite, comme l'avait dit Luc, le carrosse était gardé.

À côté du cocher, sur le siège, le vieux Joseph interrogeait la route. Derrière, deux solides laquais, se pendant aux étrivières, empêchaient toute surprise...

Enfin, à droite et à gauche, cinq ou six promeneurs, ouvriers ou paysans, marchaient en chantant ou en causant de leurs affaires, et pour leur plaisir personnel, sans doute, ne perdaient pas de vue le carrosse et les deux dames qui étaient dedans.

—Attendons d'être dans le bois, dit Lacy à Maurevailles, qui grinçait des dents d'impatience.

—Par les mille diables d'enfer, le carrosse ne marchera donc pas plus vite, afin de laisser ces manants derrière lui?...

—Ils ont l'air de s'y attacher... On dirait qu'ils l'escortent...