—Qui songe à vous accuser, mon doux ange? dit-il en mettant dans sa voix toute la séduction possible. Ne sais-je pas combien est difficile notre situation à tous deux? Et cela par ma faute, par suite de ma folie passée!... Ah! si quelqu'un mérite un blâme, ce n'est pas vous, Réjane, c'est moi!...

—Ne parlez pas ainsi, Albert. Ne vous ai-je pas accordé sans restriction votre pardon?

—Mon pardon dont j'étais indigne, mais que je tiens à mériter en vous rendant à vous et à votre soeur un important service... Car il ne faut pas oublier, Réjane, que nous avons un devoir à remplir...

—Je ne l'oublie pas, mon ami. La nourrice est là, prête à recevoir l'enfant. Mais elle nous est acquise. Aussitôt qu'elle aura l'enfant, elle m'avertira; elle sait qu'elle doit m'accompagner jusqu'ici pour le remettre entre les mains d'un cavalier...

—Êtes-vous sûre de la discrétion de cette femme? s'écria Maurevailles effrayé.

—Absolument sûre. Je l'ai achetée par des présents, et elle a la promesse d'une bonne récompense, si nous réussissons.

—Fort bien. Que Dieu nous protège dans cette entreprise. Le bonheur de tous en dépend...

—Mais vous, Albert, vous me répondez en retour que toutes vos précautions sont prises pour que l'enfant ne coure aucun danger?

—Y pensez-vous, Réjane?... Compromettrais-je par une imprudence tout un avenir d'amour et de bonheur?...

Pendant que Maurevailles causait avec Réjane, les exempts, postés aux alentours du jardin, se demandaient quelles pouvaient bien être les ombres qu'ils voyaient rôder aux environs.